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Combien sont-ils, les
victimes, les laissés-pour-compte, sans gain, sans travail, sans
toit, sans même la possibilité de rentrer dans leur village
natal, rejetés par les autochtones d’anciennes provinces
de l’URSS devenues pays autonomes ?Sur la rive russe du fleuve Amour,
je l’observais, titubant, perdu et en haillons. Par sa chemise entr’ouverte,
j’apercevais les portraits de Marx, Engels, Lénine et Staline,
comme autant de symboles d’une idéologie révolue.
Je m’approchai de lui et je le saluai. Dans son regard, je décelais
la peur. Je me présentai et lui demandai son nom. Avec difficulté,
comme s’il cherchait dans sa mémoire, il articula : «
Gennadi Vassilievitch », et il se mit à pleurer. J’attendis
que cette émotion incompréhensible passe, puis il se mit
à parler : |
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