| J’entends encore leurs rires d’enfants qui me surprit dans la désespérance de cette forêt de fer rouillé, dans laquelle je tentais de me frayer un chemin entre carcasses de voitures abandonnées, poubelles laissées par l’homme, troupeau de chèvres affamées conduit par un vieux berger silencieux et voûté, plastiques virevoltant dans le vent, hautes herbes asséchées. Je cherchais une image à saisir, sachant que, peut-être, une autre me surprendrait.Derrière le grincement des rares puits en activité, j’imaginais la danse régulière de ces chevaux d’acier qui, au début du siècle, pompaient l’or noir du sol généreux de l’Azerbaïdjan, faisant ainsi la fortune des grandes familles de ce monde. | ||||||
|
|
||||||
| C’était avant les longues années soviétiques qui paralysèrent une activité alors très productive.J’entends encore les deux frères, Tabriz et Jeyhoun, au détour d’une petite cabane esseulée. Leur père, Mahmoud, avait un visage grave, ravagé par la tristesse. D’une voix sombre, il plongea dans son passé et, telle une confidence, une charge que l’on veut partager, il commença : « Ma maison était belle et accueillante, dans un village au nord. Nous y vivions heureux. La vie semble immuable dans cette simplicité, n’est-ce pas ? Nous, les civils d’ici ou d’ailleurs, nous sommes les victimes d’enjeux qui nous dépassent. Un jour, ma maison fut détruite par les soldats arméniens. | ||||||
|
|
||||||
| Nous avons dû fuir. Pour nous abriter, j’ai trouvé cette cabane abandonnée aux vents et au désespoir de ce champ pétrolier. Ici, nous ne vivons pas, nous survivons. »J’entends encore leurs rires d’enfants résonner comme une pointe d’ironie dans le souvenir amer de tous ces destins brisés, dans le monde, par la guerre et l’injustice. | ||||